N°58 // Juin 2012
La réforme du bac pro côté proviseurs
Ils sont près de 220 000 cette année. Deux cent vingt mille lycéens professionnels à passer leur bachot. Cette promotion n'est pas comme les autres. C’est la première issue de la réforme de la voie professionnelle lancée en 2009, près de 25 ans après sa création. Ils étaient 176 443 l'année dernière et 131 582 en 2010. Cette croissance pourrait vite conduire à conclure à un franc succès de la réforme du bac pro, voire à une ruée vers cet examen modernisé, qui fait désormais jeu égal avec les filières « nobles » que sont les voies générale et technologique. Ces chiffres masquent une réalité moins optimiste. Certes, la filière pro est de plus en plus prisée par les élèves visant une spécialisation courte, comme en témoigne l'augmentation progressive de ses effectifs. Mais cette tendance ne doit rien à la réforme. Certes, le passage de 4 ans à 3 ans du cursus est bien venu grossir les rangs des lycéens préparant le bac professionnel. Mais cet effet est avant tout mécanique. Pour l'heure, il est encore trop tôt pour juger de l'efficacité du nouveau bac pro. Tout est-il possible de se prêter à l'exercice de l'analyse de sa mise en œuvre, à l'instar des inspections générales. Et là, les premiers retours ne sont pas toujours très positifs.
Bien sûr, le bac pro nouvelle formule jouit désormais d'une meilleure image auprès des familles. Mais il reste encore associé à une orientation subie, à une voie de relégation réservée aux élèves les plus en difficulté. Or justement ceux-ci, qui ne se destinent pas forcément au bac et pour lesquels le BEP aurait peut-être été plus adapté, peinent à se raccrocher aux wagons et souffrent de la suppression d'une année. Ce constat, tous les chefs d'établissement le partagent. En première ligne, les proviseurs tentent donc, grâce à leur esprit d'initiative et celui de leurs équipe, de recoller les morceaux tout en digérant les nouvelles modalités d'organisation. Car pour eux, la réforme a, à l'inverse, énormément changé les choses : nouvelles dotations horaires et carte des spécialités, organisation des stage, contrôle continu en cours de formation, accompagnement personnalisé... Le tout sur fond de suppressions de postes. Trois ans après, la plupart sortent tout juste la tête de l'eau. Mais gardent le cap, motivés par leur mission.
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